Plus on est loin plus tout semble proche. Ces ailleurs, ces prochains voyages, on n'imagine plus repasser par la case départ. Des ponts géographiques et temporels relient tout, comme s'il suffisait de cligner des yeux pour se trouver à un tout autre moment dans un tout autre lieu et que ces moments étaient simultanés.
Une nouvelle théorie de la reine rouge (Through the looking glass). Marcher pour rester au même endroit. Quel est cet endroit qu'on ne connait que dans le mouvement perpétuel? L'indépendance, un état d'esprit qui ne vous rattache plus à rien ni personne, qui donne juste envie de construire un petit bout de route avec quelques esquisses d'amis, avec quelques repères immuables du bord de cette route sur laquelle on ne s'arrête plus de marcher. Et traverser ainsi des moments de vie qu'on ne répétera jamais.
La route suit une pente qui entraîne et entretient le mouvement. Parfois on discute avec une connaissance croisée sur ce chemin, jusqu'à ce que l'envie prenne de regarder par dessus son épaule vers l'inconnu que réserve encore la route, pour réaliser qu'on a envie de courir pour compenser d'avoir cesser quelques temps d'avancer.
mercredi 29 juin 2011
mercredi 15 juin 2011
exploration
J'emprunte à Béa [à la COP] l'usage des crochets, ceux qui sont versés à la lecture des textes climatiques sauront qu'en faire ;)
Le titre dirait à beaucoup que je suis déjà repartie...Et pourtant c'est bien de mon cocon à Tana que j'écris ce message. Sur la piste que je parcours le plus : de la fac à la maison vers le centre ville, le long du marché. Alors cette exploration, elle n'est pas géographique, ou peu géographique. C'est l'exploration d'une idée simple chère aux environnementalistes qui ont un faible pour la paysannerie [les légumes] [la low carbon economy] [les terroirs] en même temps ou individuellement : manger local et saisonnier.
En France facile : je suis rodée par une participation à une AMAP aux légumes de saisons, à la faible consommation de viande, aux écarts obligés pour le chocolat. Ici il a fallu surmonter plusieurs obstacles.
Les saisons d'abord: bienvenu en hiver! Sauf que l'hiver ici signifie 25° dans la journée, 5° aux heures grises qui précèdent l'aube. Ou alors 30° partout tout le temps. Ou encore la saison où il pleut à opposer à la saison des pluies. Ou la saison sèche. Selon les caprices de la météo et de la région où l'on se trouve. Alors comment comprendre qu'est ce qui est disponible quand? Observer, le long des étals du petit marché qui se déploient en une succession de petits boxes en bois dans notre quartier. Dans ce pays où l'on dit que tout pousse, la déception était grande quand on a vu s'empiler les oranges et les clémentines. Qui dit agrumes, dit pas grand chose d'autres en Europe (et même au Liban) : c'est la saison morte des fruits. Sauf que incohérence de calendrier, retournement des références : des montagnes de fraises ont émergé, à coté de tas de papayes géantes, ananas nouvellement mûris, et nèfles délicieuses (ça j'aurais pu prévoir en réfléchissant un peu). Côté légumes aucune inquiétude : carottes, tomates, courgettes, aubergines, tout le temps et délicieuses.
Ensuite il a fallu comprendre les provenances : boeuf? non zébus. Poulet? Oui mais poulet gasy (maigrichon et très goutu) pas poulet de chaire importé d'on ne sait ou. Vanille? Oui mais ramener dans le sac à dos du coloc' qui travaille sur la vanille certifiée. Chocolat, gateaux secs, jus de fruits, pain d'épices, miel : produits à Madagascar pas en Turquie! Pas de poissons à plus de 50km d'un lac ou de la mer (on a vu comment ils sont transportés, ça ne donne pas envie) ; du canard quand on en voit courir dans la rue ; et du riz toujours en base ; du fromage et des yaourts maisons quand il y a des vaches et qqcn qui a pensé à en faire qqch.
Puis ensuite il restait à mélanger tout ça : après deux semaines de ratatouille à tous les repas domestiques, l'imagination s'est mise en marche. On a appris à faire attendre et mariner le zébu tué le matin même quitte à voir noircir un peu la viande. On a décortiqué le poulet, os minuscule par os minuscule. Et puis on s'est mis à l'utilisation des produits abondants et locaux pour créer : poulet à la papaye ; flan à la vanille ; riz des pauvres (riz rouge que tout le monde fuit pour du riz tout blanc parfois pakistanais) ; pain maison (exception à la locavorie : la levure de boulangerie. Si qqcn peut m'expliquer comment faire du levain?) ; tarte aux fraises sans amande ; confiture de mangue, grenadelle [passion], ou banane vanillée.
Se réadapter au régime locavore français va être difficile...
Le titre dirait à beaucoup que je suis déjà repartie...Et pourtant c'est bien de mon cocon à Tana que j'écris ce message. Sur la piste que je parcours le plus : de la fac à la maison vers le centre ville, le long du marché. Alors cette exploration, elle n'est pas géographique, ou peu géographique. C'est l'exploration d'une idée simple chère aux environnementalistes qui ont un faible pour la paysannerie [les légumes] [la low carbon economy] [les terroirs] en même temps ou individuellement : manger local et saisonnier.
En France facile : je suis rodée par une participation à une AMAP aux légumes de saisons, à la faible consommation de viande, aux écarts obligés pour le chocolat. Ici il a fallu surmonter plusieurs obstacles.
Les saisons d'abord: bienvenu en hiver! Sauf que l'hiver ici signifie 25° dans la journée, 5° aux heures grises qui précèdent l'aube. Ou alors 30° partout tout le temps. Ou encore la saison où il pleut à opposer à la saison des pluies. Ou la saison sèche. Selon les caprices de la météo et de la région où l'on se trouve. Alors comment comprendre qu'est ce qui est disponible quand? Observer, le long des étals du petit marché qui se déploient en une succession de petits boxes en bois dans notre quartier. Dans ce pays où l'on dit que tout pousse, la déception était grande quand on a vu s'empiler les oranges et les clémentines. Qui dit agrumes, dit pas grand chose d'autres en Europe (et même au Liban) : c'est la saison morte des fruits. Sauf que incohérence de calendrier, retournement des références : des montagnes de fraises ont émergé, à coté de tas de papayes géantes, ananas nouvellement mûris, et nèfles délicieuses (ça j'aurais pu prévoir en réfléchissant un peu). Côté légumes aucune inquiétude : carottes, tomates, courgettes, aubergines, tout le temps et délicieuses.
Ensuite il a fallu comprendre les provenances : boeuf? non zébus. Poulet? Oui mais poulet gasy (maigrichon et très goutu) pas poulet de chaire importé d'on ne sait ou. Vanille? Oui mais ramener dans le sac à dos du coloc' qui travaille sur la vanille certifiée. Chocolat, gateaux secs, jus de fruits, pain d'épices, miel : produits à Madagascar pas en Turquie! Pas de poissons à plus de 50km d'un lac ou de la mer (on a vu comment ils sont transportés, ça ne donne pas envie) ; du canard quand on en voit courir dans la rue ; et du riz toujours en base ; du fromage et des yaourts maisons quand il y a des vaches et qqcn qui a pensé à en faire qqch.
Puis ensuite il restait à mélanger tout ça : après deux semaines de ratatouille à tous les repas domestiques, l'imagination s'est mise en marche. On a appris à faire attendre et mariner le zébu tué le matin même quitte à voir noircir un peu la viande. On a décortiqué le poulet, os minuscule par os minuscule. Et puis on s'est mis à l'utilisation des produits abondants et locaux pour créer : poulet à la papaye ; flan à la vanille ; riz des pauvres (riz rouge que tout le monde fuit pour du riz tout blanc parfois pakistanais) ; pain maison (exception à la locavorie : la levure de boulangerie. Si qqcn peut m'expliquer comment faire du levain?) ; tarte aux fraises sans amande ; confiture de mangue, grenadelle [passion], ou banane vanillée.
Se réadapter au régime locavore français va être difficile...
samedi 11 juin 2011
apprendre ailleurs
En deux semaines j'ai l'impression d'avoir appris autant qu'en deux années. Plongée dans l'action du terrain, dans sa réalité, dans ses dysfonctionnements et ses réussites de chaque jour. Suivre pendant 15jours l'équipe minuscule d'une ONG bien plus grande dans un projet d'ampleur régionale. Calendrier serré, tâches diverses. J'ai appris à guetter les cris des lémuriens, à me frayer un chemin en pirogue dans un marais qui s'assèche. J'ai ouvert les yeux sur un écosystème que je ne m'attendais pas à voir. Un peu naïve je parlais de jungle, et j'ai plongé dans ce qu'on appelle ici le zetra caractérisé par des plantes flottantes de plusieurs mètres de haut, habitat privilégié de lémuriens, oiseaux d'eau, et poissons. Une superficie de 23000ha autour d'un lac qui en fait 20000ha, parcouru de toutes parts tous les matins entre 4h et 8h, j'ai découvert ses oiseaux, ses serpents, ses habitants, ses enjeux. Alors sur la route du retour, j'ai réalisé les enseignements que j'en pouvais tirer, la nouvelle perspective portée un paysage. Et lorsque nous avons frôlé un autre lac, et que j'ai vu à perte de vu rizières et champs de foin, j'ai compris la vitesse du défrichement. Ces amas de maisons en terre de la même couleur que le sol qui les porte abritent quelques centaines d'habitants, parfois seulement quelques dizaines. Et pourtant le travail acharné de quelques hommes pendant des heures harassantes peut avoir raison en qq années de plaines entières. C'est à cela que je travaille : comprendre comment rendre compatible le besoin et l'envie d'un revenu plus élevé (ou d'une assiette de riz plus remplie) qui passent par l'agrandissement des surfaces cultivées avec la conservation d'un écosystème pour ce qu'il abrite, mais aussi ce qu'il apporte de ressources qui façonnent ici le paysage matériel et culturel : clotures des maisons, paniers de transports, toits, rites et proverbes.
vendredi 10 juin 2011
de nouveau
Je ne résiste pas. Je ne l'avais pas créé en arrivant, me disant qu'en 4mois, je n'aurais ni le temps de vous prévenir, ni le temps d'entretenir un blog comme je l'ai fait lors de mes précédents exils prolongés. Et pourtant au détour d'une route sinueuse, entre les bosses d'une piste poussièreuse, dans les brumes d'un marais au petit matin, des textes ont fleuri dans mon esprit, demandant à être posés dès mon retour. Ici je retrouve l'utilisation du cahier, l'intermittence d'internet, la distance des ordinateurs et surtout leur décalage vis à vis du rythme de vie, de travail. Un rapport au monde transformé pour le meilleur, malgré l'éloignement qui en découle de ce qui est resté en France. Je rentrerai bien assez vite pour vous raconter, pour vous écouter. En attendant, les contacts seront sporadiques laissés aux caprices de la brousse, des connections irrégulières, de l'électricité, et de la compagnie que je fuis de mon ordinateur.
Bienvenus ici. Au plaisir de vous écrire.
Christelle de retour de mon premier terrain.
Bienvenus ici. Au plaisir de vous écrire.
Christelle de retour de mon premier terrain.
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