samedi 11 juin 2011

apprendre ailleurs

En deux semaines j'ai l'impression d'avoir appris autant qu'en deux années. Plongée dans l'action du terrain, dans sa réalité, dans ses dysfonctionnements et ses réussites de chaque jour. Suivre pendant 15jours l'équipe minuscule d'une ONG bien plus grande dans un projet d'ampleur régionale. Calendrier serré, tâches diverses. J'ai appris à guetter les cris des lémuriens, à me frayer un chemin en pirogue dans un marais qui s'assèche. J'ai ouvert les yeux sur un écosystème que je ne m'attendais pas à voir. Un peu naïve je parlais de jungle, et j'ai plongé dans ce qu'on appelle ici le zetra caractérisé par des plantes flottantes de plusieurs mètres de haut, habitat privilégié de lémuriens, oiseaux d'eau, et poissons. Une superficie de 23000ha autour d'un lac qui en fait 20000ha, parcouru de toutes parts tous les matins entre 4h et 8h, j'ai découvert ses oiseaux, ses serpents, ses habitants, ses enjeux. Alors sur la route du retour, j'ai réalisé les enseignements que j'en pouvais tirer, la nouvelle perspective portée un paysage. Et lorsque nous avons frôlé un autre lac, et que j'ai vu à perte de vu rizières et champs de foin, j'ai compris la vitesse du défrichement. Ces amas de maisons en terre de la même couleur que le sol qui les porte abritent quelques centaines d'habitants, parfois seulement quelques dizaines. Et pourtant le travail acharné de quelques hommes pendant des heures harassantes peut avoir raison en qq années de plaines entières. C'est à cela que je travaille : comprendre comment rendre compatible le besoin et l'envie d'un revenu plus élevé (ou d'une assiette de riz plus remplie) qui passent par l'agrandissement des surfaces cultivées avec la conservation d'un écosystème pour ce qu'il abrite, mais aussi ce qu'il apporte de ressources qui façonnent ici le paysage matériel et culturel : clotures des maisons, paniers de transports, toits, rites et proverbes.

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