mercredi 15 juin 2011

exploration

J'emprunte à Béa [à la COP] l'usage des crochets, ceux qui sont versés à la lecture des textes climatiques sauront qu'en faire ;)

Le titre dirait à beaucoup que je suis déjà repartie...Et pourtant c'est bien de mon cocon à Tana que j'écris ce message. Sur la piste que je parcours le plus : de la fac à la maison vers le centre ville, le long du marché. Alors cette exploration, elle n'est pas géographique, ou peu géographique. C'est l'exploration d'une idée simple chère aux environnementalistes qui ont un faible pour la paysannerie [les légumes] [la low carbon economy] [les terroirs] en même temps ou individuellement : manger local et saisonnier.
En France facile : je suis rodée par une participation à une AMAP aux légumes de saisons, à la faible consommation de viande, aux écarts obligés pour le chocolat. Ici il a fallu surmonter plusieurs obstacles.
Les saisons d'abord: bienvenu en hiver! Sauf que l'hiver ici signifie 25° dans la journée, 5° aux heures grises qui précèdent l'aube. Ou alors 30° partout tout le temps. Ou encore la saison où il pleut à opposer à la saison des pluies. Ou la saison sèche. Selon les caprices de la météo et de la région où l'on se trouve. Alors comment comprendre qu'est ce qui est disponible quand? Observer, le long des étals du petit marché qui se déploient en une succession de petits boxes en bois dans notre quartier. Dans ce pays où l'on dit que tout pousse, la déception était grande quand on a vu s'empiler les oranges et les clémentines. Qui dit agrumes, dit pas grand chose d'autres en Europe (et même au Liban) : c'est la saison morte des fruits. Sauf que incohérence de calendrier, retournement des références : des montagnes de fraises ont émergé, à coté de tas de papayes géantes, ananas nouvellement mûris, et nèfles délicieuses (ça j'aurais pu prévoir en réfléchissant un peu). Côté légumes aucune inquiétude : carottes, tomates, courgettes, aubergines, tout le temps et délicieuses.
Ensuite il a fallu comprendre les provenances : boeuf? non zébus. Poulet? Oui mais poulet gasy (maigrichon et très goutu) pas poulet de chaire importé d'on ne sait ou. Vanille? Oui mais ramener dans le sac à dos du coloc' qui travaille sur la vanille certifiée. Chocolat, gateaux secs, jus de fruits, pain d'épices, miel : produits à Madagascar pas en Turquie! Pas de poissons à plus de 50km d'un lac ou de la mer (on a vu comment ils sont transportés, ça ne donne pas envie) ; du canard quand on en voit courir dans la rue ; et du riz toujours en base ; du fromage et des yaourts maisons quand il y a des vaches et qqcn qui a pensé à en faire qqch.
Puis ensuite il restait à mélanger tout ça : après deux semaines de ratatouille à tous les repas domestiques, l'imagination s'est mise en marche. On a appris à faire attendre et mariner le zébu tué le matin même quitte à voir noircir un peu la viande. On a décortiqué le poulet, os minuscule par os minuscule. Et puis on s'est mis à l'utilisation des produits abondants et locaux pour créer : poulet à la papaye ; flan à la vanille ; riz des pauvres (riz rouge que tout le monde fuit pour du riz tout blanc parfois pakistanais) ; pain maison (exception à la locavorie : la levure de boulangerie. Si qqcn peut m'expliquer comment faire du levain?) ; tarte aux fraises sans amande ; confiture de mangue, grenadelle [passion], ou banane vanillée.

Se réadapter au régime locavore français va être difficile...

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