samedi 23 juillet 2011

Ruines

Il est un paradis perdu et retrouvé, seul endroit qui a su dans sa décadence retrouver cette beauté primaire des terres qui n'ont jamais vu les vacanciers.
Une côte aux palmiers penchés par le vent, au sable qui voltige, blanc, un port qui n'accueillent que pirogues et voiliers de pêche, des noix de cocos à tous les stades de maturité qu'on cueillerait soi-même.
Ce tableau idyllique est encadré de vestiges d'une saison touristique depuis longtemps révolue : ici des bungalows de luxe en bois précieux qui offrent leur panorama marin aux quelques rats qui ont su s'y faufiler mais fermés à d'autres habitants. Là le béton bleu turquoise d'une ancienne piscine où viennent aujourd'hui se briser les vagues. On en distingue encore une savante mosaïque marine qui ne peut plus concurrencer les vrais poissons qui s'y retrouvent comme dans un autre volume de mer. Des paillotes s'alignent le long du rivage, le sable est venue à elles, elles n'ont pas eu à se construire les pieds dans l'eau. C'est la mer qui avance. Leurs chaises et tables sont branlantes, rendues bancales par la profondeur du sable fin qui les supporte, lavées au vent salé venant de l'océan. Quelques frigos ensablés rendent encore des bières fraiches aux rares vacanciers qui sont venus se perdre dans les épaves léguées par les flots de leurs congénères qui jadis arpentaient ces rues.
Le goudron a laissé place au sable, les grands hotels désertés servent de paravent aux cases de pêcheurs qui ont regagné les environs de la ville fantôme. Les paréos traditionnels dessinent des silhouettes qui ne souffrent pas du soleil, n'exhalent pas cette odeur de crème. Entre un portique de baobabs et une plage sauvage, l'accueil d'un palace fantôme s'érode lentement au sable qui s'égraine au vent incessant, sablier s'écoulant sans fin qui aura raison de ces ruines.

mardi 19 juillet 2011

la forêt allumette

Ecosystème de travail : la forêt dense sèche. Personnellement quand on m'a dit ça, je ne savais pas vraiment à quoi ça ressemblerait. Ce n'est pas sec une forêt, c'est humide on voit l'eau qui en perle, ça sent l'humus, ça a la douceur de la mousse des arbres, et le goût de ses nombreux champignons qui ont capté tous les arômes de la terre si riche.

La forêt dense sèche ressemble à une allumette.
A voir, c'est un amas de batons trop maigres qui font hésiter entre des cheveux emmêlés regardés au microscope et une touffe de brindilles qui auraient trop grossie. C'est marron beige, presque blanc gris pour ce qui est du sol. Les sables, marrons, et tout ce qui évoque le brûlé dominent les couleurs.
Ca n'a pas d'odeur. Ou peut être celle du sable trop chauffé, pas celui de la plage, celui du chantier, qui se mêle au ciment et à une poussière fine. Parfois quelques plantes aromatiques exalent un parfum séché, brûlé, cramé plus proche du cumin que du thym et toujours toujours âcre comme un fond de marmite noirci.
Au toucher ce n'est que rèche, cassant. Les écorces des arbres et les feuilles mortes s'égrainent dès qu'on ferme sa main dessus.
Ca craque, rape, se froisse. Ca dit bien les bruits qu'on y entend.
Et au goût, il faut être venu à Madagascar pour comprendre : ça a les arômes de l'eau de fond de casserole de riz, ranopanga. Un liquide brûlé dont le goût évoque toutes les catastrophes de cuisine qui collent au fond de la casserole.

vendredi 8 juillet 2011

Up, down and round

Passé Antsirabé, il n'y a plus de ville, après la cinquantaine de km sur lesquels cette dernière a essaimé des maisons rapprochées, solides et presque urbaines, toute idée de ville disparaît. S'ouvre une savane, qui n'a plus rien à voir avec la terre rouge parsemée d'arbres des hauts plateaux, ces montagnes chaudes qui destabilisent par la combinaison de leur relief hivernal et leur manteau d'été. Une savane qui s'étend à perte de vue mais a été mal étalée. Gondolée comme la piste qui la traverse, elle franchit, recouvre, contourne une multitude de collines de toutes hauteurs, toutes formes. Pierreuses ou aménagées en terrasses, toutes habillées de leur couverture herbacée, de leur qq arbres de savane arborée. La route grimpe, dévale, et entoure (up, down and around) dans ce paysage connu mais déformé. C'est une constante de ce pays...il rassemble tant de choses qu'on y retrouve ce qu'on connait mais toujours avec un petit quelque chose qui interpelle. Les savanes à bosses, les montagnes qui brûlent, la sècheresse sahélienne tachée du vert vif du riz de bas-fond. Les baobabs, même eux, font les originaux (plus savamment on pourrait dire qu'ils sont endémiques).
Longue route vers l'ouest de l'aube au crépuscule. Demain pour la première fois sur cette île, je verrai la mer. Et devant moi : le Mozambique et le continent africain qui a déteint sur cette partie du pays plus qu'ailleurs.